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Normal 18 mois de prison avec sursis et 40 000 euros d’amende requis contre Mathieu Gallet

le Sam 18 Nov 2017 - 6:05
Par Véronique Groussard Publié le 17 novembre 2017 à 17h06

L'actuel président de Radio France comparaissait hier au tribunal correctionnel de Créteil pour soupçons de favoritisme durant son mandat à l'INA.




On approchait 1 heure du matin lorsque la procureure a requis contre Mathieu Gallet 18 mois de prison avec sursis et 40 000 euros d’amende. L’actuel président de Radio France était jugé, hier, devant le tribunal correctionnel de Créteil, pour des contrats de conseil datant de la période où il dirigeait l’Ina, entre 2010 et 2014. Il était poursuivi pour délit de favoritisme.

Entré à 13h30 dans cette salle aux murs tapissés de graviers, Gallet ne savait plus quelle position prendre sur sa chaise, ne pouvait réprimer de – discrets - bâillements. Il faut dire que, nommé, la veille, Homme médias de l’année par GQ, celui qui pose dans le magazine en Hugo Boss, s’était adonné à un karaoké sur des airs de Dalida ; et le matin, il avait fêté les bonnes audiences de Radio France. Notamment celles de France Inter qui a pourtant subi une saignée avec le départ, pour Europe 1, d’une partie de son équipe.

L’avocat de Mathieu Gallet, Me Christophe Ingrain a d’abord tenté de faire annuler la procédure. Bien tenté mais … "Cette enquête est une honte, elle est viciée par l’incompétence ou la volonté de nuire" s’est-il emporté, "le Parquet de Créteil a montré peu d’intérêt pour les documents à décharge, il était beaucoup plus intéressé par la communication avec la presse". Il s’est insurgé contre la garde à vue, "mesure inutilement coercitive" avant de conclure : "désolé, j’ai l’impression de faire des rappels de première année de procédure pénale".

Deux ensembles de contrats étaient en cause. Le premier avait été passé avec le groupe Roland Berger. Il était constitué d’un contrat initial puis d’un avenant et, enfin, d’un contrat complémentaire. Soit au total, 289 000 euros. Premier sujet : ce saucissonnage en trois parties avait-il été fait à dessein pour ne pas atteindre le seuil au-delà duquel il aurait fallu lancer un appel d’offre européen ? Deuxième sujet : l’Ina avait laissé seulement 4,5 jours entre l’avis appel d’offre et la date limite de candidature. N’était-ce pas pour favoriser Roland Berger qui connaissait déjà l’entreprise ? C’est l’accusation portée contre Gallet par l’équipe de son ennemie intime, Agnès Saal, qui lui a succédé à la tête de l’Ina : "il semblait vouloir absolument que Roland Berger soit sélectionné et a volontairement truqué l’appel d’offre". "Non, a répondu l’adjoint au responsable des achats de l’Ina, cité par la défense, puisque nous avons eu 16 candidatures (…) J’ai assisté à la délibération. Si Mathieu Gallet avait exigé (que Roland Berger l’emporte), c’était beaucoup d’efforts et une sacrée mise en scène …"

Plus que les contrats avec Roland Berger, ce sont ceux passés avec Denis Pingaud (au total 130 000 euros sans mise en concurrence ) qui constituaient le morceau de choix. Les deux hommes se sont rencontrés en 2008 et lorsque Mathieu Gallet arrive à l’Ina, Denis Pingaud reprend contact pour "l’accompagner dans stratégie de communication et institutionnelle". A entendre Gallet, il sait tout faire, ce Pingaud : des discours pour les vœux, des éléments de langage pour les auditions au parlement, de l’aide pour rédiger des tribunes dans la presse ou préparer des rencontres avec les syndicats, des études pour refondre le site Ina.fr. Ce n’est pas tout : il a le carnet d’adresse pour organiser un colloque avec des publicitaires, mettre Mathieu Gallet en relation avec les candidats à la présidentielle de 2012 … Un vrai "couteau suisse" résume-t-il. "Combien de temps passait-il à l’Ina ?" s’enquiert le président. "Je ne sais pas, il venait régulièrement, ça dépendait des besoins, nous avions au moins des contacts hebdomadaires." En tout cas, observe perfidement le président, son contrat ne correspondait pas "à une nécessité incontestable puisque Agnès Saal y a mis fin". Que l’avocat de la partie civile cite les critiques émises par cette dernière sur les montants engagés, et voilà Gallet qui réagit promptement : "Excusez-moi, maître, mais Agnès Saal n’est pas une référence !". Agnes Saal a, en effet, été rattrapée, elle aussi, par la justice dans une affaire très médiatisée : ses dépenses de taxis pour 40 000 euros.

"Denis Pingaud c’est un peu le Patrick Buisson de Mathieu Gallet"

Le tribunal, perplexe, fouille le cas Pingaud, s’interroge sur la réalité de son travail, se demande pour qui il travaillait au juste, pour l’Ina ou pour Mathieu Gallet ? "La communication de l’Ina passe aussi par celle de son président". Et lorsque Gallet s’est présenté à Radio France, n’a-t-il pas privatisé Pingaud à des fins personnelles comme coach pour sa campagne comme le suspecte Agnès Saal, sachant que, par la suite, la maison ronde lui a signé un contrat de consulting d’un an ? "C’est des "on dit". Qu’Agnès Saal ait voulu le croire, c’est son droit. Laisser accroire que Denis Pingaud a fait ma campagne, c’est au minimum insultant, au pire diffamatoire" cingle Mathieu Gallet.

Ce dernier plaide sa méconnaissance des règles des marchés publics. "Je ne suis pas un spécialiste des marchés publics, je crois que même Agnès Saal l’a reconnu" a-t-il lancé dans un sursaut d’ironie, "les marchés publics ne sont ni dans mon parcours ni dans ma culture. Et, à l’Ina, il n’y a pas eu de signaux d’alerte". Il est suspecté - pour ne pas être entravé  - d’avoir recruté à dessein une directrice administrative et financière pas au niveau.

Denis Pingaud, c’est le présent-absent de ce procès. Au grand dam de Me Jérôme Karsanti, l’avocat d’Anticor, cette "association citoyenne qui recherche la probité de nos représentants publics", le consultant n’est pas poursuivi alors qu’il devrait l’être, estime l’avocat, pour recel de favoritisme. "On est borgne ! Denis Pingaud c’est un peu le Patrick Buisson de Mathieu Gallet. Il échappe aux règles des dépenses publiques car c’est un couteau suisse ? il n’y a pas d’exception concernant les marchés de communication : il fallait soit l’engager soit le mettre en concurrence."

C’est la première fois qu’Anticor intervient dans un dossier relatif à la gestion d’un organisme publics, "il y a un devoir d’ exemplarité assez malmenée dans ce dossier" a insisté Me Jérôme Karsanti qui a embrassé large, au-delà des faits poursuivis, citant les 17 000 euros dépensés pour le pot départ de Gallet, les 72 216 euros de frais de représentation, dépenses d’hôtels luxueux, de minibar, de blanchisserie …. C’est un système qu’il dénonce. Les contrats incriminés lors de l’audience sont la "face émergée de l’iceberg. Des dizaines de contrats figurant dans le rapport de la Cour des Comptes, on en retiendra deux car les autres sont prescrits. Or pour les autres aussi, il y a eu non-respect des règles des marchés publics." Le jugement sera rendu le 15 janvier.

TAGS : #Gallet #Radio-France #INA #Favoritisme
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